ADEL A. FREIHA

ADEL A. FREIHA: “DE LA DIPLOMATIE”
UN TRAVAIL DE PIONNIER

« La Revue du Liban » - no 1763 - du 20 au 27 novembre 1993

 

Ancien du Centre Européen de Nancy, professeur de sciences politiques à l’Université libanaise et auteur de plusieurs publications, M. Adel Freiha vient de publier un intéressant ouvrage intitulé sobrement : « De la diplomatie ».

            Dans une belle préface, l’éminent juriste, Me Georges Jabre, vice-président de l’Internationale Démocrate Chrétienne et membre de l’Association Du Droit International, a mis l’accent sur les aspects multiples et complexes de l’action diplomatique relevée par l’auteur, notamment sur la différence entre la diplomatie classique et la diplomatie moderne ou directe.
L’ouvrage de M. Adel A. Freiha présente un double avantage : celui d’expliquer le fonctionnement « stricto sensu » de la diplomatie classique et celui de détailler les développements de ladite diplomatie qui ne se base plus sur l’action des ambassadeurs mais sur le contact direct entre les dirigeants des nations.
Inséparable de la politique, la diplomatie se base parfois, pour ne pas dire souvent, sur des facteurs externes. Ainsi que l’écrit Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». La première tâche des décideurs politiques est de définir les intérêts nationaux en fonction desquels sera établie la diplomatie. Celle-ci servira à préserver ces intérêts.
Selon Walter Lippmann, l’objectif prioritaire est la survie de l’Etat, non seulement une survie physique, mais le maintien des valeurs culturelles, des idéaux, des principes qui fondent la nation.

 

L’équilibre des forces

            Pour assurer la sécurité d’Etat, il faut avant tout préserver l’équilibre des forces en présence. D’où, pendant des décennies, la course folle  aux armements entre les Etats-Unis et l’Union soviétique. La paix ainsi instaurée étant la fille de l’équilibre de la terreur.

            Quand survient un déséquilibre des forces, cela génère des guerres plus ou moins longues qui finissent par disloquer l’hégémonie de la nation belliqueuse. De telles guerres finissent par engendrer des Congrès desquels créent un nouvel équilibre régional ou mondial.

            - Le Congrès de Westphalie en 1648 a mis fin à la puissance espagnole.
- Le Congrès d’Utrecht en 1714 a mis fin à la puissance hollandaise.
- Le Congrès de Vienne en 1815 a sonné le glas de l’épopée napoléonienne.
- Le Congrès de Versailles en 1918-19 a mis fin à l’hégémonie germanique (ou l’Allemagne de Bismarck).
- Le Congrès de Yalta a disloqué la puissance hitlérienne.

 

            Des pressions militaires ou économiques s’exercent pour donner plus d’efficacité à la politique et obliger un Etat récalcitrant à obtempérer. Ainsi Kennedy n’hésita pas à établir le blocus de Cuba en 1961, de même que les Etats-Unis plus récemment encore ont instauré le blocus de l’Irak en 1990 pour inciter Saddam Hussein à se plier aux règles internationales.
Adel Freiha montre que la diplomatie directe, utilisant les envoyés spéciaux, se concrétise par des Conférences au Sommet, les unes étant cycliques, les autres intermittentes. Parmi les Conférences cycliques, citons : la réunion chaque année des sept pays industrialisés ou celle des pays de la Communauté européenne qui se retrouvent trois fois par an.

 

Le rôle des ambassadeurs

            Est-ce à dire que les ambassadeurs sont devenus inutiles ? Pas tout à fait. Bien sûr, à une époque où les communications se sont développées et perfectionnées, où la complexité des situations internationales exige un contact au plus haut niveau pour un maximum d’efficacité, le rôle des ambassadeurs n’a plus la même importance qu’au 19e siècle. Leur tâche est devenue plus prosaïque : préparer les dossiers, récolter les informations, les transmettre au ministère des Affaires étrangères, remplir le rôle protocolaire qui leur incombe.

            Le mérite de l’auteur est de donner un aperçu détaillé de la diplomatie contemporaine et de ses nombreuses ramifications : Congrès, réunions, rencontres bilatérales ou multilatérales que l’on ne peut tous citer dans le cadre de cette rubrique. Ce livre  de 350 pages comble une lacune : il est utile aux étudiants en sciences politiques, aux chercheurs, aux lecteurs cultivés, aux juristes. Il n’existe pas au Liban beaucoup de sources de références dans ce domaine. Aussi cet essai pourra-t-il inciter certains de nos compatriotes à entreprendre d’autres recherches, le sujet de la politique internationale offrant des ressources inépuisables pour quiconque voudrait explorer les labyrinthes fascinants de la diplomatie.

Sami Anhoury

 

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