ADEL A. FREIHA

PREFACE

 

Quand M. Adel Amine Frayha a voulu expliquer pourquoi son intérêt s'est porté, de préférence, sur la Construction européenne, c'est tout naturellement qu'il a invoqué le culte du cosmopolitisme qui est le fait de tout Libanais authentique. Mais sa discrétion, ou plutôt son extrême modestie, l'a empêché d'ajouter que s'il s'est attelé à pareil sujet, c'est qu'il était apte de l'entreprendre de par la formation pluridisciplinaire qui est la sienne, à la fois politiste et économiste. Et il a relevé la gageure qui s'est ainsi, de tous côtés, imposée à lui.

Que nous voilà des « Etats-Unis d'Europe » auxquels, dans le sillage d'Aristide Briand, on rêvait au lendemain de la Première Guerre mondiale ! Plutôt que de songer à édifier un nouvel Empire, l'Europe d'aujourd'hui est occupée d'une toute autre chose : s'unir pour affronter, dans les meilleures conditions concevables, le défi du siècle. Elle ne vit plus au temps où elle régnait incontestablement sur l'univers tout entier ; à présent, ce qui reste de son hégémonie économique de naguère se voit disputé avec acharnement par les Etats-Unis, par l'U.R.S.S. par le Japon, et le sera demain, avec la même ardeur, par la Chine. La Construction européenne visera donc à opérer le réajustement qui s'impose en vue d'une meilleure gestion économique, dans le but d'assurer une meilleure défense et une meilleure expansion.

Dans quel cadre institutionnel ? Serait-ce le fédéralisme ? Il bouleverserait, de fond en comble, trop de données impérieusement encastrées dans les mentalités et les mœurs ; il donnerait lieu à trop d'affrontements et d'immortelles divisions. Les affrontements, il y en aurait toujours, quoiqu'on décide de la volonté à suivre ; mais les divisions ne serait-il pas expédient de les éviter avec la plus extrême prudence ? Alors on songe à la coopération. Juste retour des choses ! On est parti, au XVIIIe siècle finissant, de la confédération pour aboutir à la fédération ; mais c'était pour réussir le processus d'édification de l'Etat nation. Au XXe finissant, l'on se trouve plutôt engagé pleinement dans un processus visant à l'établissement d'un vaste ensemble économique ; pour un tel processus, c'est le lien confédéral qui s'impose, et rien d'autre.

Ce lien n'est pas parfait, le loin de là ; toute l'étude que nous avons sous les yeux, sous son double volet, la politique agricole et l'adhésion de la Grande-Bretagne, ne le prouve que trop. C'est l'humaine condition que le compromis soit la meilleure solution, ce qui signifie qu'en l'état actuel des choses, le compromis confédéral soit le moins imparfait possible.

Après avoir souligné le mouvement de balancier qui s'opère sous nos yeux passant de la coopération à la confédération, forme réévaluée pour le temps présent, M. Frayha a relevé dans la conclusion de sa passionnante étude que les parlementaires français, dont il étudie minutieusement le rôle, n'ont eu qu'une médiocre influence sur le processus de décision sur le plan national, alors que leur influence fut plutôt déterminante au niveau de la Construction européenne.

Qu'est-ce à dire sinon que, sur le premier plan, leur action fut éclipsée par le pouvoir exécutif, les « politiciens » s'étant fait supplanter par les « technocrates », tandis que, sur le second plan, c'est le même pouvoir qui s'est servi d'eux, au Parlement européen, pour faire triompher ses vues économiques et politiques, la démocratie de naguère cédant la place à la techno démocratie.

En définitive, M. Adel A. Freiha nous a présenté une belle étude et nous a offert de précieuses suggestions.

Antoine Azar*

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* Chargé d'Enseignement de Science Politique à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth. Auteur de " La Génèse de la Constitution de la Ve République Française, 1958 ", Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence - Bibliothèque Constitutionnelle et de Science Politique, Paris, 1961.

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