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| ADEL A. FREIHA | |
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La Revue du Liban
THESE DE DOCTORAT D' ADEL A. FRAIHA Au lendemain de l'approbation – avec une majorité de 57 députés – par le Parlement de la loi sur la défense (Loi No 3/79, publiée, en date du 24 mars 1979 dans le no 13 du J.O.), la Grande Muette est à la une des sujets de brûlante actualité. C'est dans cette optique que vient s'inscrire la thèse de doctorat d'Etat soutenue, le 20 décembre 1978, à l'Université de Nancy II, par M. Adel A. Freiha. Le jury était formé de MM. François Borella, président de ladite Université entre 1973 et 1978, président ; Vlad Constantinesco, spécialiste en droit européen ; Philippe Merle, spécialiste en droit commercial (actuellement en mission d'enseignement à la Faculté de Droit de l'USJ), membres. Propriétaire d'un Bulletin (mensuel de seize pages, 18 numéros ayant déjà paru depuis sa fondation, remontant à août 1975) reproduisant les législations à caractère économique et commercial en vigueur dans les pays Arabes, licencié en Sciences Economiques de l'USJ (1971), détenteur d'un diplôme d'Etudes supérieures de Science Politique décerné, en 1972, par le Centre européen de Nancy (organisme issu de la CEE et subventionné par elle), auteur d'un mémoire de 90 pages ayant en pour thème : « L'Attitude des Députés Français au Parlement européen et à l'Assemblée Nationale face à la politique agricole commune et l'adhésion de la Grande-Bretagne au Marché Commun », M. Adel Fraiha avait, dès juillet 1973, donné le coup d'envoi à cette œuvre de longue haleine, que la L.G.D.J. (Librairie Générale de Droit et de Jurisprudence), sur avis du politologue Georges Burdeau, compte publier bientôt. « Séduit par la cohésion de la troupe lors des événements de 1958 nous confie l'auteur, j'ai essentiellement voulu rendre hommage, dans le développement du sujet choisi, au comportement de l'Armée, le seul possible, même s'il devait conduire celle-ci au pouvoir. De plus, c'est au prix de longues rencontres avec des personnalités tant politiques que militaires que j'ai réussi à mettre un point final à mon œuvre. Toujours est-il, ajoute M. Fraiha, qu'avec le déclenchement des événements sanglants de 1975 où l'Armée s'est trouvée, d'une façon ou de l'autre, mêlée à la surenchère politique, je me suis trouvé en proie d'appréhensions sérieuses suite au bouleversement de la situation. Bousculé, comment faire face, ne cessais-je de me demander, à ce nouveau problème qui venait de faire irruption sur l'échiquier politique libanais, se greffant sur le thème abordé ? Il n'en demeure pas moins, qu'à l'heure actuelle, alors que les débats houleux sont axés autour du thème de la restructuration de l'Armée, que les écrits et analyses avancés semblent connaître un regain d'actualité. Je tiens aussi à souligner que ma thèse a été rédigée dans l'optique du Liban, unitaire et indivisible, toute autre forme de pouvoir, érigeant une patrie découpée ou partagée, s'avérant, à mon sens, non viable ».
Définition du coup d'Etat Après avoir brossé un bref tableau évolutif de la troupe (en 1916, des soldats libanais s'enrôlèrent au sein de la Légion Etrangère ; en 1942, ils se sont battus aux côtés des Alliés au sein des troupes spéciales du Levant), M. Fraiha, donne dans l'introduction à son sujet, la définition du coup d'Etat. En effet, plusieurs différenciations peuvent être établies : coup d'Etat « from above » (par le sommet) portant au pouvoir une junte militaire (tel est le cas des pays d'Amérique latine, du Portugal sous l'ère du général Spinola) ; « from blow » (par la base), image d'une révolution à caractère populaire (la Révolution française de 1789 ; l'Iran, actuellement) : coups d'Etat « mixtes », se caractérisant par une insurrection militaire soutenue par des citoyens civils adhérents, le plus souvent, à des partis et formations politiques) ; en dernier lieu, les coups de palais, revêtant le caractère « ôte-toi que je m'y mette » (le tandem Ben Bella-Boumedienne entre 1962 et 1965). Envisageant la question de plus près, le chercheur divise sa thèse (275 pages) en deux titres distincts. La première partie est consacrée à l'analyse des principales constantes qui ont empêché la réalisation d'un coup d'Etat au Liban. Les idées directrices constantes en la matière, d'après Fraiha, sont la Constitution de 1926, pivot immuable et inchangeable et le Pacte National de 1943. Pour l'auteur, la Constitution libanaise, « pivot institutionnel statique » a favorisé, au long de la pratique, la naissance d'une « Monarchie oligarchique à prédominance féodalo-politique » (clergé, commerçants et banquiers, organisations paramilitaires, ambassades de Grandes Puissances …). Les dispositions de la Constitution de 1926 qui contrastent, par leur longévité, avec toutes les Constitutions dont se dota la France depuis 1789, mis à part la Constitution de la IIIème République de 1875 qui a dépassé dans sa mise en vigueur les soixante-dix ans non jamais fait allusion aux forces armées. En revanche, c'est bien la troupe qui sauvegarda et protégea la Constitution et le Pacte National. L'Armée libanaise s'est donc vue assimiler la dénomination d'armée constitutionnelle. Le Pacte National, quant à lui, tacite et non-écrit, a épousé la forme de Constitution coutumière, voire même de Constitution d'ombre et se présente sous deux approches : politique et confessionnelle.
Etude des diverses constantes Plus loin, l'analyse s'oriente vers l'étude des diverses constantes, à savoir, entre autres, l'appartenance de Fouad Chéhab à l'école du « Destour » et à la pensée politique de Michel Chiha. Dans le même ordre d'idées, figurent des causes historiques inhérentes à la vie libanaise. Le système libanais a perpétué son attachement à la tradition de la Tyr antique qui s'était dotée d'une Chambre sénatoriale (Cela fut révélé et connu 900 ans avant J.-C.). Toutefois, cette dernière explication, bien que non évidente, semble plausible. Les facteurs économiques, eux aussi, ne sont pas à dédaigner en ce qui concerne les causes ayant empêché la réalisation d'un coup d'Etat au Liban. L'examen attentif de la pratique permet, effectivement, de déceler que les tentatives de coups d'Etat sont souvent favorisées dans les pays où leur revenu national inférieur à 700 dollars existe, le revenu national au Liban s'élevant, par référence aux récentes statistiques établies en 1978, à 1100 dollars per capita. Cette constatation d'ordre économique, propre au doyen Georges Vedel, a été reprise et appliquée par l'auteur au cas libanais. Finalement, une explication par les facteurs géo-économiques s'insère dans cette même ligne de pensée. Contrairement aux hypothèses illustrées par des pays voisins tels la Syrie, l'Irak, et l'Egypte, les réformes agraires indispensables conditionnaient, voire imposaient l'intervention de l'armée au niveau politique ; le Liban présente un relief essentiellement montagneux, couvrant 80% de sa superficie totale. Ajouter à cela, l'esprit confessionnel sévissant au sein de notre institution militaire et n'encourageant nullement un accord entre les officier supérieurs dans le but de s'emparer du pouvoir politique. Le tout, comme il se doit, couronné du trait de caractère individualiste propre au Libanais, fut-il officier ou citoyen mettait, encore une fois, en cause toute tentative à pareille envergure.
Coups d'Etat et coup de tête Dans une seconde partie, le développement porte sur « les coups de tête », réalisations déformées de coups d'Etat : 1949 avec le PPS d'Antoun Saadé ; la tentative du 31 décembre 1961 ; et plus récemment, les cas Fouad Lahoud et Aziz Ahdab. M. Fraiha, reprenant l'affirmation de Michel Chiha, qui soutenait que « le Liban n'est ni un pays à coup d'Etat ni à coup de tête », nuance sa conclusion consistant à concevoir que le Liban est bel et bien un pays à coups de tête. Se penchant sur l'examen de ces exemples puisés dans la pratique militaire libanais, en considérant surtout les précédents de 1949 et 1961, l'auteur réprouve le nationalisme en tant qu'école révolue et dépassée à l'heure actuelle. Doctrine envahissante, certes, longtemps incarnée tout au long du XIXème siècle, le nationalisme accusa un déclin retentissant avec la seconde moitié de notre siècle. « Nous vivons, soutient Fraiha, l'ère des espaces économiques, dont la CEE en est l'illustration la pus frappante. Cela est d'autant plus réel que le Marché Commun a réuni sous sa bannière plusieurs pays d'Europe, en faisant fondre plusieurs nationalismes à ramifications éparses ». Il en vient à conclure que cette doctrine se cristallise, en définitive, en une forme collective de l'amour desoi. A cet égard, il serait profitable d'observer les systèmes en vigueur aussi bien aux Etats-Unis, en Suisse qu'en URSS, reposant tous, sur un mixage de plusieurs ethnies et religions. L'allégeance, à ce propos, apparaît d'essence patriotique et non ethnique, communautaire ou religieuse. Il en découle, en dépit de la résurgence du nationalisme syrien en 1932, que peu de chances sont laissées à la réalisation de pareil objectif, quoique le Baas se soit progressivement substitué au PNSS.
Pouvoir neutre et modérateur Au demeurant, venant à aborder le titre relatif à l'intervention de la Grande Muette dans la vie politique libanaise, M. Fraiha constate que cette même intervention est caractérisée par la voie d'un organe de l'Eat sur le pouvoir civil, comme cela fut notamment avec le Second Bureau entre 1964 et 1968. L'auteur adhère à la théorie prônée par Benjamin Constant, consistant à ériger l'Armée en quatrième pouvoir neutre, modérateur et régulateur, cohabitant avec les trois pouvoirs étatiques et séparé d'eux. Le but principal recherché à travers cette fonction n'est autre que de prêcher et d'assurer la modération au moment où les trois pouvoirs s'entrechoquent. C'est bel et bien le rôle dont s'acquitta l'institution militaire lors de la crise de 1958, en sauvegardant les institutions étatiques, alors que le gouvernement à l'époque était contesté par une large faction de l'opinion publique libanaise. En revanche, cette intervention directe en tant que pouvoir réformateur entre 1960 et 1964 s'effectua dans les domaines administratif et social, sans procéder à des réformes à caractère politique réel. Quelques années plus tard, le troupe exerça un pouvoir de tutelle sur le pouvoir civil et, dès le début des années 70,l'institution militaire fut prise entre l'enclume palestinienne et le marteau israélien. A cet égard, le chercheur est persuadé que la déviation de la stratégie militaire de l'Armée constitue une des principales causes de la crise libanaise déclenchées en 1975. A titre de conclusion, l'auteur affirme que l'indépendance du Liban est une condition du repos des autres, dans la mesure où « l'arabité du Liban s'avère, non plus conceptuelle, mais d'une nécessité absolue ». Toute prétention de gouverner le Liban devrait se mouvoir prudemment et lentement. Pour qu'il y ait Etat et Armée, la troupe ne s'étant désintégrée qu'un an après le déclenchement des hostilités suite à l'effacement du pouvoir central, le Liban ne peut désormais demeurer à l'écart des décisions unanimes de la Ligue arabe. En définitive, l'Armée, assumant des tâches à elle confiées dans le cadre du plan de sécurité en cours d'exécution – signe précurseur et avant-coureur de quelque détente -, sura-t-elle satisfaire, à la lumière de cette œuvre qualifiée de « parfaitement construite richement documentée » par M. Georges Burdeau, les ambitions des Libanais ?
A.C.
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