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| ADEL A. FREIHA | |
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PREFACELe travail que M. Adel Amine Freiha présente aujourd'hui au public francophone a pour origine une thèse de doctorat d'Etat qu'il a soutenue devant l'Université de Nancy II. L'auteur avait bien du mérite à mener à bien un travail universitaire dans les conditions difficiles, puis dramatiques, où il se trouvait. C'est miracle que le manuscrit n'ait point d'été détruit lors des combats et des bombardements au milieu desquels M. Freiha a travaillé. La vie même de l'auteur a tenu au hasard d'une trajectoire des projectiles. Je crois nécessaire de rappeler ce contexte pour faire comprendre le frémissement, imperceptible parce que maîtrisé, qui donne à ces pages leur authenticité. La triple culture de M. Freiha lui a ouvert bien des portes et donné accès à des travaux multiples et divers. Je ne suis pas sûr qu'il ait toujours maîtrisé entièrement des apports si nombreux et parfois contradictoires. L'extrême complexité du paysage libanais et la confusion des événements récents rendent d'ailleurs encore plus difficile l'application d'une grille de lecture des phénomènes qui ne trahisse pas la réalité des choses et des êtres. Ramenée à l'essentiel, la thèse de l'auteur est claire. Pour lui la structure même de l'Etat libanais et les conditions de la vie politique s'opposent à l'exécution de coups d'Etat militaires. Il peut cependant se produire des « coups de tête », concept nouveau créé par l'auteur. C'est-à-dire des changements politiques par la force et par le sommet mais voués à l'échec dès l'origine faute de sérieux dans la préparation et la mise en œuvre, et par l'incompatibilité avec les données fondamentales du Liban. L'armée au Liban est donc un pouvoir neutre, traduction, expression et garantie des caractéristiques de l'Etat. Sans respect scrupuleux et application loyale du Pacte national de 1943, l'Armée et l'Etat libanais, la première n'étant que l'expression condensée du second, se défont et disparaissent dans les affrontements meurtriers des parties et des partis. Or le conflit israélo-arabe et le problème palestinien, qui ont longtemps épargné le Liban, l'ont frappé de plein fouet après 1970 et surtout 1973, mettant en cause la fidélité à cette ligne de vie qu'est le respect vécu et accepté du Pacte national. D'où les événements récents, l'éclipse de l'Etat et la disparition de l'Armée. On aura reconnu dans la thèse de M. Freiha les idées politiques et l'action d'un homme d'Etat libanais qui a incarné naguère l'union personnelle de l'Armée et de l'Etat au Liban. Il ne s'agissait pas pour l'Université d'approuver, ni de désapprouver, des opinions qui restent propres à leur auteur. Il est cependant loisible et légitime de se demander si cette approche ne néglige pas d'autres aspects de la question et ne fige pas le Liban dans une problématique dépassée. Les caractéristiques séculaires des communautés formant le Liban actuel sont certes bien la donnée de base ; mais ne faut-il pas alors conclure que cet Etat et son Armée n'existent que dans l'exacte mesure de leur rôle de plus petit dénominateur commun. Sont-ils un cadre et un enjeu des luttes politiques, économiques et sociales ? Les partis politiques, à la fois clans féodaux, milices populaires et forces politiques modernes ne sont-ils que l'expression camouflée des communautés ? Pourquoi dans un cadre socio-politique archaïques s'est-il développé un capitalisme commercial et bancaire puissant et inlassablement dynamique ? Comment s'est opéré la transformation du rôle géopolitique du Liban à l'égard de ses voisins de sanctuaire respecté en enjeu convoité ? Le travail de M. Freiha apporte de nombreux et utiles renseignements sur le Liban contemporain, mais il soulève de plus nombreuses questions encore. A ce double titre, je ne croix pas qu'il laissera le lecteur indifférent.
François BORELLA |
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