ADEL A. FREIHA

L’Armée et l’Etat au Liban

« L'Orient - Le Jour », 6 février 1979

UNE THESE DE DOCTORAT SOUTENUE PAR ADEL FREIHA
A L'UNIVERSITE DE NANCY

 

Licencié en Sciences Economiques de l'USJ (Université Saint-Joseph) de Beyrouth. Diplômé du Centre Européen de l'Université de Nancy II (France), et d'Etudes Supérieures de la même Université,
Adel A. Freiha vient de soutenir une thèse de doctorat de l'Etat français en Sciences Politiques sur le thème « L'Etat et l'Armée au Liban » de 1943 à 1975.

Dans son introduction, Freiha définit, entre autres, la notion du « coup d'Etat ». Après quoi, le chercheur divise son travail en deux grandes parties. La première, et la plus importante, évoque les différentes constantes qui ont empêché la réalisation d'un coup d'Etat au Liban, tandis que la seconde traite de l'intervention de l'Armée dans la vie politique de l'Etat.

Les constantes dont parle l'auteur dans sa première partie son nombreuses et variées. Le régime politique libanais, qui est un pouvoir institutionnel statique, est une cause qui empêche la réalisation d'un coup d'Etat : Adel Freiha le définit comme étant une « monarchie oligarchique à prédominance féodalo-politique ». Une autre cause non moins importante est le « Pacte National », appelé aussi le « Pacte de 43 », qu'il développe sous deux approches bien évidentes, l'une politique et l'autre confessionnelle. Dans la première sous-partie, à savoir l'approche politique, Freiha commente les conditions d'existence de l'Etat indépendant issu de ce pacte, et qui nécessite, en principe, la neutralité du Liban quant à la politique des axes. Dans l'approche confessionnelle, ou la seconde sous-partie, l'étude est basée sur la distribution confessionnelle des fonctions, ainsi que sur le rôle de l'Armée qui a toujours protégé la constitution écrite (1926) et celle non écrite (Pacte de 1943). Et là, l'auteur évoque les propos du général Fouad Chéhab qui affirmait sans cesse qu'il ne fallait « jamais s'éloigner du Pacte national ».

 

Les impossibles coups d'Etat

Plusieurs autres constantes marginales entrent aussi en jeu ; telles, par exemple, l'appartenance du général Chéhab à l'école du « Destour » qui se fonde, précisément, sur la constitution et le Pacte national, ainsi qu'à l'école du penseur Michel Chiha qui a dit que « le Liban n'est ni un pays à coup d'Etat ni à coup de tête ». Il s'agit, en d'autres termes, d'éloigner l'institution militaire des coups d'Etat. Il y a , par ailleurs, l'explication par l'Histoire par laquelle Frayha nous ramène quelques siècles en arrière, évoquant le climat politique de Tyr, en temps que démocratie sénatoriale. Quant à l'explication par l'économie, elle est traitée en fonction du revenu national par tête d'habitant, qui place le Liban dans la catégorie des pays qui ne risquent pas des coups d'Etat imminents. Dans une dernière sous-partie, l'auteur traite de la réalisation déformée des coups d'Etat libanais, ou, en d'autres termes, du phénomène déformé des coups de tête, à savoir : celui d'Antoun Saadé en juillet 1949, le cas du partie nationaliste syrien en décembre 1961, et plus récemment le cas Fouad Lahoud. Il conclut cette première partie par un jugement de valeur sur les coups de tête.

Dans sa seconde partie, Adel Freiha nous parle du pouvoir neutre, ou l'intervention de l'Armée comme pouvoir neutre, modérateur lorsque les trois pouvoirs s'entre-déchirent.

 

La réalité libanaise

A son avis, il existe trois sortes d'intervention directe de l'Armée dans la vie politique de l'Etat. On note un pouvoir réformateur effectué par le général Fouad Chéhab de 1960 à 1964 : un pouvoir de tutelle sur celui politique, qu'il situe entre 1964 et 1970 avec l'entrée en scène du deuxième Bureau de l'Armée ; et enfin un pouvoir militaire dans le cas des relations entre l'Armée libanaise et les Palestiniens. L'auteur est persuadé que la déviation de la stratégie militaire de l'Armée constitue une des principales causes de la crise libanaise déclenchée en 1975.

Soutenue à Nancy (France) le 20 décembre 1978, cette thèse a été approuvée par un jury composé de MM : François Borella, président de l'Université de Nancy II. Philippe Merle et Vlad Constantinesco qui connaissent bien la réalité libanaise pour avoir été professeurs à la Faculté de Droit de l'USJ pendant plusieurs années.

Dans une lettre adressée à la Librairie Générale de la rue Soufflot qui publiera la thèse de M. Freiha, le grand juriste français Georges Burdeau qualifie cette recherche comme « un travail incontestablement sérieux, parfaitement documenté et bien construit ».

D'autre part, dans un article intitulé « Les soldats de la démocratie », paru dans « l'Est Républicain » l'un des plus grands quotidiens régionaux français et le plus important de la Lorraine et de l'Est de la France, le joursnaliste Charles Laprévote se réfère à la thèse de M. Freiha et écrit : « En appeler aux soldats pour établir ou restaurer la démocratie n'est pas toujours une gageure. La conclusion d'une thèse de doctorat d'un politologue et économiste de Beyrouth est, en tout cas, fort nette en ce qui concerne son pays ». Laprévote aurait-il donc saisi la réalité libanaise… ?

 

M.C.

 

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